La fin se trouve réellement à Schaffhausen

Plaque réalisée par Imre Bukta, Hallen für Neue Kunst Schaffhausen.
Avec le soutien de la Raussmüller Collection.

Inauguration de la plaque commémorative devant les Hallen für Neue Kunst Schaffhausen.
Avec le soutien de la Raussmüller Collection.

Il s’appelait György Korim, et il lui avait expliqué qu’il était arrivé au terminus d’une très longue route, et qu’il avait du mal à exprimer sa joie de pouvoir, en cette nuit si décisive pour lui, se confier en hongrois à un Hongrois, et puis il avait raconté qu’il était archiviste dans une petite ville de Hongrie, et qu’une mission qui dépassait largement sa personne l’avait conduit à New York, d’où il venait, après une horrible course poursuite, d’arriver, car sa destination était Schaffhausen, le Hallen für die Neue Kunst, plus précisément l’œuvre mondialement célèbre de Mario Merz, qui devait se trouver quelque part ici, et l’homme avait désigné le bâtiment, effectivement, avait-il répondu, ils possédaient bien deux œuvres de Merz au premier étage, et il avait alors remarqué que l’homme tremblait des pieds à la tête…

Chapitre 8, paragraphe 8.

László Krasznahorkai, le gardien et Imre Bukta, Hallen für Neue Kunst Schaffhausen.
Avec le soutien de la Raussmüller Collection.

Il s’était contenté de demander s’il pouvait au moins voir l’œuvre de Monsieur Merz, une demande qu’il avait dû rejeter, il fallait patienter jusqu’au matin, lui avait-il expliqué, mais l’homme avait alors rétorqué qu’il n’y aurait pas de matin, et il lui avait pris la main, l’avait regardé dans les yeux, dans ce cas, Monsieur Kalotaszegi, lui avait-il dit, il aurait deux simples requêtes à formuler : quand il verrait Monsieur le directeur, pourrait-il lui demander de contacter un jour Monsieur Merz, et lui dire, faire savoir à Monsieur Merz combien sa sculpture l’avait aidé, car alors qu’il ne savait où aller, il avait enfin trouvé une destination, et il tenait à remercier Monsieur Merz, du fond du cœur, et lui dire que György Korim, citoyen hongrois, penserait toujours à lui comme ce cher Monsieur Merz, voilà, Monsieur le directeur, quelle était sa première requête, la deuxième, et celle qui en fait justifiait sa présence ici dans ce bureau, fit le gardien en se désignant, était que soit apposée une plaque quelque part sur l’un des « murs du Musée de Monsieur Merz », et il lui avait remis une grosse somme d’argent, raconta le gardien, pour financer la fabrication et la pose de cette plaque sur laquelle serait gravée une seule phrase, une phrase expliquant ce qui lui était arrivé, et il avait noté la phrase sur un morceau de papier, et le lui avait glissé dans la main en lui disant qu’ainsi il pourrait demeurer, du moins en esprit, à proximité de Monsieur Merz, lui et les autres, aussi près que possible…

Chapitre 8, paragraphe 8.

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